Sunday, October 22, 2017

Belles de Shanghai / Compte Rendu de Mi-Semestre

     Belles de Shanghai a été écrit en 1997 par l’historien Christian Henriot, spécialiste de l’histoire urbaine et sociale de la Chine et publié aux éditions CNRS. Il aussi auteur de plusieurs autres ouvrages tel que Atlas de Shanghai. Espace et représentations de 1849 à nos jours (1999), New Frontiers : Imperialism’s new communities in East Asia (2000) ou encore In the Shadow of the Rising Sun. Shanghai under Japanese Occupation (2004).

     Les mutations qu’a subi la prostitution à Shanghai entre 1849, époque où la prostitution n’a pas subi l’influence occidentale et la prise de pouvoir des communistes ne sont que le reflet de la ville et de sa population elle-même dans son processus accéléré de modernisation. Alors il devient intéressant pour l’auteur d’analyser le milieu des prostitués et lato sensu de toute une société. Cependant le travail sur la sexualité est difficile car c’est une thématique rejetée par beaucoup d’historiens et l’auteur est confronté à des sources souvent peu nombreuses, tantôt incohérentes tantôt obsolètes mais aussi peu nombreuses. Ses recherches s’appuieront entre autres de la presse de l’époque, sur des archives diplomatiques et policières ainsi que des biographies de grandes courtisanes. Ses travaux s’inscrivent dans la lignée de Les Filles de Noce, Misère Sexuelle et Prostitution (XIXe et XXe siècle) d’Alain Corbin, qui l’inspira pour écrire son ouvrage.

     L’œuvre s’axe sous plusieurs problématiques, qui seront traitées dans quatre chapitres et quatorze sous chapitres.

     Les deux premières parties s’intéressent aux prostituées en elle-même. D’abord l’auteur essaye de tirer un profil des prostituées : qui sont-elles vraiment ? Pour cela il s’intéresse à leurs origines géographiques, ainsi qu’à leurs conditions de vie ainsi qu’à leurs interactions.
Ensuite il peint un portrait des courtisanes : au XIXe siècle ce sont des femmes éduquées aux arts et respectées. Cependant avec la commercialisation de l’économie au XXe la société chinoise passe d’une société dominée par le statut à une société dominée par l’argent. L’émergence des classes moyennes entraîne un chamboulement au niveau du monde de la prostitution : la compagnie et la distraction (chants, conversations, etc) appréciée par les lettrés n’intéresse plus la clientèle nouvelle pour qui seul le plaisir compte et si possible à moindre coût. L’offre s’adapte donc à la demande et on assiste au déclin des courtisanes au profit d’une émergence de formes de prostitution diversifiées et populaires. Les courtisanes devinrent peu à peu des prostituées de luxe mais elles conservent tout de même un statut préférable aux prostituées populaires.
     Le chapitre trois s’intéresse à l’économie de la prostitution ainsi qu’aux lieu où elle a court. Le « boom » de la prostitution au XXe siècle envahit des quartiers entiers qui se dédièrent à la prostitution alors qu’auparavant celles-ci avait cours dans des bateaux amarrés au port. L’auteur décrit aussi les différents revenus des maisons de prostitution, leur administration, les différentes taxes imposées ainsi que les tarifs abordés. On y apprend aussi que les prostituées font l’objet d’un marché et que les femmes subissaient une véritable traite : elles étaient enlevées, vendues, louées et ce afin d’approvisionner Shanghai (et d’autres villes chinoises) en prostituées. Les prostituées étaient aussi souvent dépossédées de leurs revenus par la suite.
     Il y eut cependant des tentatives pour endigue la prostitution et le chapitre quatre s’intéresse aux modes de contrôles de la prostitution entre 1869 et 1949 date à laquelle Shanghai est prise aux mains des communistes qui l’éradiqueront mais que provisoirement. Avant cela, ni l’Empire ni la République n’aura réussi à arrêter le trafic des prostituées et ce à cause de la complexité de l’urbanisation de la ville qui était divisée en trois territoires administratifs (française, internationale et chinoise) peu coopératifs les uns envers les autres. De plus l’impulsion de contrôle de la prostitution que ce soit pour réduire le fléau des maladies vénériennes ou de mettre fin au carcan qu’était la vie des prostituées était issue de d’associations catholiques occidentales qui ne parvinrent jamais à changer les mentalités sur le statut de la prostitution. Peut-être parce que les Chinois ne réalisait pas dans quelle dépravation était tombée la prostitution au XXe siècle, eux qui ont toujours la sexualité comme étant une chose normale (contrairement à l’Europe de ce temps qui l’associe à la notion de péché) et qui étaient relativement tolérants vis-à-vis de la prostitution au XIXe siècle.
Cela reste cependant un paradoxe car c’est l’influence occidentale qui participa à la mutation de la prostitution en un véritable marché économique.


     De 1849 à 1949 Shanghai a subi les effets d’un puissant mouvement de modernisation qui a autant transformé la ville que bouleversé les modes de vie de sa population. Au cours de cette mutation, tous les champs de la vie économique, sociale et culturelle ont été renouvelés : la prostitution qui a perdu son élitisme pour un échange strictement commercial à l’Occidental et irrespectueux de la femme a été le miroir de ce changement. Ainsi à travers cet ouvrage Christian Henriot couvre avant tout un tableau de la vie désastreuse du deuxième sexe à cette époque.  Alors que tout change autour d’elle, la place de la femme reste cependant inerte. Là où la prostituée existe par l’usage de son corps, la femme existe par le mariage et la famille. La femme est ainsi placée dans un état de subordination : elle ne peut vivre pour elle même et la prostitution à Shanghai au XIX-XXe traduit cette absence de légitimité sociale.

Cet ouvrage m'a été utile pour approfondir ma connaissance du XIXe siècle et XXe siècle en Chine que j'ai pu abordé à travers la lecture d'Histoire de la Chine de John K. Fairbank. Cela m'a permis, au travers de la ville de Shanghai et du thème de la prostitution, d'aborder un cas concret témoin des mutations de cette époque.

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