Monday, October 23, 2017

Compte rendu de lecture, livre d'Alain Roux.

L’auteur de cet ouvrage analytique est un éminent sinologue né le 11 juin 1935 et ayant enseigné  à l’Université de Paris VIII comme à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales. Dans ses écrits il traite de l’humain et du politique lors du XXe siècle, notamment l’évolution de la classe ouvrière et la dynamique économique dans les centres urbains du littoral. Son manuscrit ici résumé s’intitule « Le Shanghaï ouvrier des années trente : coolies, gangsters et syndicalistes », imprimé en 1993 par la maison d’édition L’Harmattan ; et qui rejoint sa thèse sur le monde ouvrier dans cette ville (entre 1927 et 1949). Ce manuscrit relate une étude sociale du prolétariat spécifique à cette cité, ainsi que les divers constats qu’il soulève en son sillage. Pour ce qui est de sa bibliographie, l’on pourrait citer la bluffante et juste biographie qu’est « Le Singe et le Tigre : Mao, un destin chinois », parue aux éditions Larousse en 2009. Ou encore son bouleversant témoignage « Le casse-tête chinois : trente ans de Chine socialiste vus par un communiste français », publié par les Editions Sociales en 1980. Voire tout récemment l’histoire retracée d’une autre illustre figure « Chiang Kaï-shek : un destin trop grand » paru l’année dernière chez Payot.

L’écrivain souligne le fait de ne pas évoquer les prolétaires chinois en tant qu’organisme unique et représentatif de ses besoins, malgré des évènements narrant l’esprit de solidarité et de fraternité chez certains (ou encore les fois où ces bandes isolées ont su s’unir afin de faire pression sur le patronat avant de l’emporter un minimum). En effet, l’on remarque qu’il y a l’œuvre des institutions derrière les associations syndicales. Celles-ci rejoignant une longue histoire culturelle, celle d’être dépendante sinon chapotée par un ordre structuré et puissant ; comme l’Etat. Les syndicats ouvriers servaient dont de relai d’information pour le fer de lance des revandicalistes tapis dans l’ombre.  On parle de sociétés secrètes et de guilde, comme aux temps de jadis. Si bien que la tradition demeure profondément ancrée dans le paysage chinois moderne, s’adaptant habilement aux conventions sociales et aux mœurs arpentant cette ère moderne (à l’époque). Quand bien même le système  républicain voyou et répressif, ainsi que la cruauté du modèle capitaliste si dur encore, en enjouaient à briser l’esprit libertaire et l’esprit de révolte qui l’avait conduite à naître. Dans ce monde impitoyable de l’industrie, un ouvrier contestataire s’exposait à des ennuis certains. Les graves crises sociales de cette période exposées par une quarantaine d’importantes manifestations salariales locales et non nationales, et la quasi guerre que se livreraient les cadres brutaux et malhonnêtes et ces associations marionnettistes, freinaient d’avantage le moindre élan d’avancée méliorative. Et les malfrats du grand banditisme n’arrangeaient rien, tout au contraire (dont les exactions rappelleraient presque les jeunes mouvements fascistes et leurs brutalité justifiée par l’argent). L’on pourrait presque parler de ségrégation dans le monde du travail, avec ces catégorisations de personnes par ethnie ou qualification, donnant à cette masse populaire un aspect des plus divisés, oppressé et chaotique. Les coolies sont par exemple spécifiquement des anciens paysans, destinés aux basses besognes et travaux pénibles, où seul un minimum de connaissance technique est suffisant. Une main d’œuvre juste bonne à être exploitée, en sommes. Et ce racisme affiche clairement une volonté d’accentuer la supériorité d’une élite, et un certain prestige à l’égard des purs produits citadins, eux que l’éducation rendrait meilleurs. Du reste, cette période brève mais intensément conflictuelle n’a pas manqué d’affirmer une forme d’appartenance à une catégorie sociale bien précise, sinon une sorte de nationalisme patriotique (ce que les japonais employés sur place faisaient mieux). Notons d’ailleurs que des 46 grandes grèves, 9 ont surtout affectées les entreprises étrangères. Enfin, le fait de dépendre de l’avis d’un organisme, notamment l’Etat, ne permettait pas à ces masses ouvrières de s’émanciper et d’ainsi développer la fameuse conscience de classe –sociale- qui était la leur.

En définitive, je dirais que la richesse de la documentation appuie remarquablement l’argumentaire, et que la fastidieuse minutie apportée aux détails (qui jalonnent cette fresque) n’est pas pour déplaire, au contraire. Et la teneur des propos donnerait encore matière à réfléchir dans nos sociétés d'aujourd'hui, soi-disant plus civilisées, sages, justes et bienveillantes.

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