Thursday, October 5, 2017

Letter of commissioner Lin to Queen Victoria

Le texte est extrait du livre « China in Transition : 1517-1911 » rédigé par le sinologue Dun Li et publié par la compagnie américaine Van Nostrand Reinhold en 1969. Il s’agit de la lettre rédigée en août 1839 par le diplomate et fonctionnaire Lin Zexu et adressée à la Reine Victoria. Lin Zexu fut un haut commissaire à Canton, envoyé par l’empereur pour superviser l’interdiction de la consommation d’opium, considéré comme un produit de contrebande depuis 1729. C’est sous sa direction que la Chine va organiser la traque des commerçants et des consommateurs d’opium. Dans ce contexte, la Compagnie des Indes Orientales perd une part de marché considérable ce qui pousse l’Empire britannique à déclarer la Première guerre de l’opium, qui dure de 1840 à 1842.

Dans cette lettre Lin Zexu utilise des formalités et flatte l’Angleterre, il tente d’identifier le trafic d’opium à un phénomène nuisant tout autant à la Chine qu’aux intérêts britanniques. Il ne conteste pas les échanges entre les deux Empires (qui auraient bien fonctionnés sur les 200 années précédentes) et il circonscrit le différent à la seule question de l’opium, qui ne serait que le fait de quelques commerçants britanniques mal intentionnés. Au delà d’un registre propre à la diplomatie, il apparaît de plus que Lin Zexu fait un ultimatum à la Reine Victoria. Il laisse sous-entendre que le désastre causé par l’opium est de la seule responsabilité des Britanniques, auxquels il reproche d’avoir une « obsession pour les biens matériels ». Il insiste sur la légitimité de la prohibition et annonce que son pays ne changera pas de politique.  

Le registre utilisé dans la lettre témoigne avant tout de la vision chinoise de l’époque des relations internationales, très éloignées de la réalité. Lin Zexu met les deux Empires sur un plan d’égalité, il est persuadé que l’Empire chinois a une puissance égale voire supérieure à l’Angleterre et que le rapport de force est équilibré. Il considère que le problème de l’opium peut être résolu par la diplomatie et la persuasion, que la Reine convaincra ses ressortissants de respecter la Chine et que la destruction des caisses d’opium sur la place publique poussera en dernier recours les anglais à abandonner.  

Ces mesures apparaîtront pourtant comme totalement injustifiées par les Britanniques, pour qui le libre-échange est la seule source de toute richesse. Les exigences formulées par Lin Zexu seront finalement ignorées et une guerre déséquilibrée aura lieu quelques mois après que cette lettre fut écrite (elle ne sera d’ailleurs jamais lue par la Reine Victoria). Lin Zexu tombe en disgrâce et l’Empire chinois signera les « Traités inégaux », considérés par la Chine comme la source d’un « siècle d’humiliation ».

La sous-estimation de l’écart entre la puissance britannique et chinoise explique notamment la perte de légitimité de l’Empire. On peut considérer que la cicatrice est toujours présente de nos jours puisque la Chine rejette encore la mondialisation telle que définie par les Occidentaux. Elle préfère organiser un renouveau du soft-power chinois avec les « Nouvelles Routes de la Soie » plutôt que de participer aux règles du jeu défini à l’OMC. La figure de Lin Zexu est encore aujourd’hui utilisée par les nationalistes chinois.



1 comment:

  1. Bonne analyse. Quelques réserves: Lin Zexu ne met pas du tout les deux royaumes à égalité, l'empereur de Chine est au centre; vous omettez l'argument astucieux de Lin sur l'interdiction de l'opium en Angleterre même. La tonalité générale est celle de "n'abusez pas de notre bonté", quine perçoit pas en effet le changement de régime dans les relations internationales. Le dernier paragraphe n'est guère pertinent.

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