Monday, October 23, 2017

Michelle T. King « Between Birth and Death: Female Infanticide in Nineteenth-Century China »

Compte rendu de lecture

Michelle T. King « Between Birth and Death: Female Infanticide in Nineteenth-Century China » Stanford, Stanford University Press, 2014.

Diplômé des Universités Stanford et Berkeley ainsi que professeur d’Histoire en Caroline du Nord, Michelle King concentre ses recherches sur des thèmes tels que le genre humain, le colonialisme et l’impérialisme. Dans cette œuvre elle s’intéresse à la perception et la pratique de l’infanticide féminin dans la Chine du XIXe siècle.

Dans cette œuvre la question centrale présentée est la suivante : A quel moment et par quels procédés l’infanticide féminin est devenue « Chinois » ?

Tout d’abord l’auteur nous fait partager des histoires d’infanticide sous plusieurs angles. D’abord avec le poète Su Shi et la femme Ye qui en font l’expérience. Su Shi est choqué de la pratique et la femme Ye qui doit subir une existence de femme et qui se retrouve devant ce choix : est-ce que je veux vraiment donner cette vie à ma fille ? La société chinoise préfère les garçons qui pourront perpétuer la lignée familiale aux filles qui n’auront pas d’utilité pour leurs parents plus tard.

Mais alors si hommes et femmes manifestent un tel rejet de la pratique, pourquoi persiste-t-elle ? Michelle Kang nous fait comprendre que depuis toujours l’infanticide féminin est considéré comme un problème en Chine. On apprend alors tout le travail mis en œuvre par les élites masculines comme Yu Zhi, lettré qui consacrera une grande partie de sa vie à rétablir « une morale » en Chine à travers des livres de moral, chansons, poèmes, appel à l’action des autres lettrés et du gouvernement jusqu’à la création d’orphelinat. Un des points pertinents soulevés par Michelle Kang est la perception du problème de l’infanticide féminin en Chine. Les livres de morale ne sont pas des livres réservés aux histoires sur l’infanticide mais comprennent toutes les valeurs morales à respecter pour l’époque ; l’infanticide est un problème comme un autre.

Vient ensuite la participation occidentale sur le sujet. Celle-ci se fait notamment à travers un œil et un comportement impérialiste qui condamne ce qui est différent ou fait différemment. Michelle Kang nous rappelle à juste titre que l’infanticide est toujours une pratique d’actualité dans les pays européens à l’époque. Les Occidentaux produisent alors des écrits placés sous leur point de vue et destinés à d’autres Occidentaux. Se construit alors cette image faussée de la culture chinoise qui donne à l’infanticide féminin cet aspect exclusivement chinois. Cette connotation chinoise de l’infanticide féminin est toujours présente car elle a été entretenue par des œuvres telles que  L’Infanticide et L’œuvre de la Sainte-Enfance en Chine de Gabriel Palatre (1978). L’organisation de la Sainte-Enfance aura utilisé l’infanticide Chinois comme un « appel à la bonté chrétienne » et pour justifier ses missions pour convertir les chinois. À travers les Annales de l’œuvre de la Sainte-Enfance le monde entier peut alors lire les actions prises par les chrétiens pour combattre l’infanticide en présentant les missionnaires comme des héros, les enfants comme des victimes et les parents chinois comme des monstres.

L’auteur ne veut pas supprimer l’impact de l’Occident sur le combat de l’infanticide en Chine mais le remettre dans son contexte. La Chine n’a pas attendu les étrangers pour remédier à l’infanticide féminin et autres maux de sa société. La rencontre avec les Occidentaux a permis aux chinois de puiser dans leur culture et leurs savoirs et de se réapproprié les éléments compatible à la culture chinoise. C’est grâce à ce choc des cultures que la Chine a pu disposer de plus d’outils pour combattre cette pratique. Les débats sur les mesures de contrôle des naissances, les tentatives de réformes pour protéger les femmes, la loi de l’enfant unique et toutes ces mesures découlent d’actions chinoises et non Occidentales.

Cependant, malgré des progrès techniques, sociaux et moraux ; cette préférence pour les garçons reste bien réelle en Chine. Les avortements sélectifs et le nombre d’hommes par rapport aux femmes restent  inégaux. Mais l’auteur nous met en garde ; considérer la question seulement à travers des chiffres et statistiques, transformant ainsi « l’individu dans toute sa complexité » en population revient à déshumaniser cette prise de décision, à déshumaniser les Chinois. Finalement une question reste sans réponse : comment donner une chance aux petites filles de vivre ?


Dans cette œuvre l’auteur parvient avec habileté et justesse à contextualiser les sources historiques. La bibliographie très diversifiée rend le texte très pertinent et complet sur le sujet. Tous les aspects de l’infanticide sont pensés, réfléchi et basés sur des documents historiques très divers ; l’économie, la situation politique et morale, la place des femmes, la religion. Ainsi, l’auteur nous fait revivre ces cycles de l’histoire chinoise du shanshu (livre de morale), shanren (personne bienveillante), shanju (jeu/pièce moral) au shanzhong (amélioration santé humaine) avec toutes les clés en main. S’il y a une critique à faire sur l’ouvrage ce serait probablement sur le manque d’écrit de mains féminines mais comme l’auteur l’explique au début de l’œuvre ; les hommes sont les lettrés et par définition c’est à eux qu’incombe la tâche d’écrire.

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