Monday, October 24, 2016

The Manifesto of the Revolutionary Alliance (Tongmenhui), 1905


Touron Sophie


The Manifesto of the Revolutionary Alliance (Tongmenhui), 1905

                Ce document est très important pour diverses raisons. En premier lieu, parce qu’il s’agit d’une source primaire historique. En effet, ce manifeste de la Ligue d’union jurée, qui est le nom de la société de résistance secrète à l’envahisseur Mandchou, fondée par Sun Yat-sen, en 1905 alors qu’il s’est réfugié au Japon, a été écrit afin de servir comme ligne directrice du programme de ce parti. Dans ses deux premiers paragraphes, le manifeste réaffirme le sentiment de nationalisme chinois, et incite le peuple à participer à la révolution nationale, car selon lui, les Mandchous, ou « barbares du nord » ont volé le pouvoir des mains des Chinois, et l’ont  aussi « mis en esclavage ».
Puis, l’auteur prône l’établissement d’une république, en lieu et place du régime impérial, avec à sa tête un président élu par le peuple, une assemblée parlementaire, composée d’élus également choisis par le peuple, et une Constitution rédigée et qui serait une véritable loi organique. Enfin, et non des moindres, l’égalité des citoyens apparaît dans ce programme politique, fondamentalement sous la forme d’une réforme agraire avec un partage équitable des terres cultivables, argument non négligeable pour rallier à sa cause une population encore essentiellement agricole au début du XXème siècle. Sun Yat-sen, bien conscient que ce qu’il propose ne peut arriver du jour au lendemain, a dans une seconde partie du document envisagé trois étapes nécessaires pour mener à bien sa réforme du système, et qui permettent de passer progressivement d’un gouvernement militaire à un gouvernement populaire local sous autorité du gouvernement militaire, à enfin un gouvernement sous la seule égide de la Constitution.
En second lieu, si ce manifeste est bien important, c’est parce qu’il eut un fort retentissement sur la révolution et l’instauration par la suite de la première République de Chine. Malgré le fait que l’implication de Sun Yat-sen dans la révolution de Wuchang, le 10 octobre 1911, soit toujours discutable, il n’en demeure pas moins que ses idées et l’émergence de son parti ont influencé, voire provoqué cette révolution qui a marqué la fin de l’empire chinois, et la fin d’une période de l’Histoire de la Chine.
Si l’on regarde de plus près ce manifeste, il est évident que Sun Yat-sen a emprunté ses idées sociales et démocratiques en Occident, surtout en ce qui concerne l’institution du suffrage populaire, d’un gouvernement au service du peuple, et d’une Constitution régulant le fonctionnement de l’Etat. Il faut rappeler que, lors de ses études et de ses voyages en Europe et aux Etats-Unis, il a pu découvrir et se familiariser avec ces concepts et modes de fonctionnement politiques aux antipodes de ce qui se pratiquait en Chine depuis des millénaires. Nonobstant la mention d’un pouvoir exécutif et législatif, dont les limites ne sont pas abordées, à tout le moins dans ce document, on remarque qu’il n’est pas encore fait, à ce moment, référence aux autres pouvoirs, à savoir au pouvoir judiciaire, ni aux deux autres pouvoirs, dont on lui attribue la paternité, ceux d’examen et de censure. Par ailleurs, malgré le fait que certaines personnalités chinoises aient déjà eu auparavant des idées de réformes agraires sociales et égalitaires, assez semblables au 井田 jǐngtián sous l’usurpation de Wang Mang au Ier siècle après J-C, ou bien au programme des Taiping, il n’en demeure pas moins qu’avec le parti de la Ligue Jurée de Sun Yat-sen, la Chine a été plus proche de réaliser ce rêve, avant que la prise du pouvoir par Yuan Shikai en 1912 n’annihile le tout.

Tuesday, October 18, 2016

Memorial of Kang Youwei to the Guanxu Emperor 1898



Touron Sophie

Memorial of Kang Youwei to the Guanxu Emperor 1898
           
            Dans son memorandum de 1898 adressé à l’empereur Guangxu, Kang Youwei, grand lettré réformiste, argumente en faveur d’une réforme en profondeur du système institutionnel chinois, et de l’abandon du culte des ancêtres préconisé par le confucianisme, et qui selon lui est un frein à la modernisation et à la renaissance de la Chine. Il faut rappeler en effet, que la situation en Chine vers la fin du XIXème siècle n’est guère brillante. De façon générale, les gouvernants chinois sont sortis affaiblis, à la fois par les nombreuses révoltes internes (presque  assimilables à une guerre civile) qu’ils ont dû mater, et à la fois, au niveau institutionnel, par l’intrusion sur son territoire des étrangers occidentaux,  et le choc politique  et culturel que cela a engendré. Ainsi à la suite de la restauration, tant bien que mal, de la dynastie Qing, des intellectuels chinois prennent conscience du retard énorme que la Chine a accumulé au niveau technique, et de la désuétude et la faiblesse de son système institutionnel. Parmi ces partisans des réformes  et de la modernisation de la Chine, Kang Youwei fut l’un de ceux qui y parvint presque, et ce memorandum est l’une des premières étapes clé en vue de la modernisation.
 Dans son développement, Kang Youwei présente les choses de façon très imagée et manichéenne, comparant d’un côté les pays qui ont refusé de se moderniser et qui ont « péri », et de l’autre, les pays qui se sont réformés et qui sont par là-même devenu fort. Il n’hésite pas à attaquer les institutions ancestrales, les jugeant dépassées et peu bénéfique à la bonne marche de l’État.
Bien qu’il admire les modes de fonctionnement occidentaux, Kang Youwei préconise  cependant d’essayer de calquer les réformes chinoises sur celles de pays plus proches géographiquement et idéologiquement, de la Russie de Pierre le Grand, mais surtout de celles du Japon, remarquables par leurs rapidité et succès avéré. En effet, il faut  rappeler que l’empereur japonais Mustsuhito, qui a accédé au pouvoir en 1867, et instauré  l’ère Meiji avait pris conscience du retard de son pays face aux nouvelles technologies militaires, et sa décision d’entreprendre de grandes réformes politiques structurelles (déplacement de capitale à Tokyo, fin du système féodal et autres anciennes traditions séculaires), industrielles et économiques ont permis au pays, dès  1894-1895 de s’imposer à la Chine dans la première guerre sino-japonaise.
Si son discours peut parfois sembler simpliste à première vue, il n’en demeure pas moins que son auteur a bien réfléchi à la question et qu’en s’adressant de cette façon à un empereur très jeune (24 ans en 1898) et peu au courant de la modernité des réformes entreprises ailleurs, il a mis toute les chances de son côté, et a parfaitement réussi en cela, puisque Kang Youwei et ses disciples ont été entendus par l’empereur, et ont alors entrepris, pour une trop courte période malheureusement, du 11 juin au 21 septembre 1898, la Réforme des Cent Jours.

Monday, October 10, 2016

THE TAIPING PLAN FOR REORGANIZING CHINESE SOCIETY FROM THE LAND SYSTEM OF THE HEAVENLY DYNASTY, 1853 :



Touron Sophie

THE TAIPING PLAN FOR REORGANIZING CHINESE SOCIETY FROM THE LAND SYSTEM OF THE HEAVENLY DYNASTY, 1853 :

                Ce document datant de 1853, présente un programme de réforme de la société chinoise, tel que le prévoyaient les dirigeants des Taiping après la prise de Nankin, évènement clé dans la révolte des Taiping.
Ce programme vise à changer entièrement la structure de la société chinoise, en se basant essentiellement sur des réformes agraires, qui abolissent à la fois la propriété privée des champs et des récoltes, au nom  du Dieu céleste, et redistribuent en quantités égales et nécessaires, les parcelles de terrain en fonction du nombre d’individu dans les familles. On voit bien à travers cette idée que l’agriculture est la priorité d’un pays où le manque de terrain cultivable, et où les intempéries fréquentes, peuvent déboucher sur des famines. Il faut rappeler que les Taiping ont bénéficié d’un contexte de ce type (grandes famines en 1842 et 1848, misère du peuple dans les provinces frontalières) qui leur a été favorable pour soulever le peuple et arriver à déstabiliser le pouvoir central des Qing. Il est donc normal qu’une partie de ce programme vise la satisfaction de la population rurale et agricole, en instaurant l’idée séduisante d’une égalité de conditions entre les hommes et les femmes, au service d’un même dieu tout-puissant dont le porte-parole sur Terre n’est autre que Hong Xiuquan, le fondateur du mouvement des Taiping, qui est désigné dans le texte comme le « vrai Souverain de la Paix céleste ».
Ces réformes envisagées ne se conçoivent pas sans le ciment de la religion chrétienne, dont il a tiré les principes de partage des richesses et d’égalité entre les hommes et femmes, malgré leur séparation physique dans les lieux de cultes. On peut cependant relever que ces idéaux auraient très bien pu être également tirés des concepts égalitaires et sociaux de la dynastie Xin (9-23 ap.JC), dont l’unique souverain, Wang Mang avait tenté d’appliquer la théorie du partage équitable des terres le井田 jǐngtián, ainsi que d’autres principes sociaux et politiques sans grand succès.
Bien que le programme mentionne tout de même des hiérarchies d’individus, avec des sergents et des caporaux, ces derniers n’ont pour rôle que de veiller au bon fonctionnement des groupes de vingt-cinq familles,  dont ils ont la charge, et auprès desquelles ils doivent assurer la bonne redistribution des biens et l’éducation religieuse.
Ce programme attrayant, bien que très idéaliste à certains égards, n’a alors pu être appliqué du fait de la progressive corruption des dirigeants du mouvement et des guerres intestines qui le rongèrent. Cependant, on peut dire que le programme de réformes des Taiping a eu le mérite d’avoir posé les jalons de ce qui sera plus tard le communisme à la chinoise, avec des principes fondamentaux assez similaires, tels que la mise en commun des biens, l’égalité entre les hommes, et une économie basée sur la population rurale.